Lundi Libre

Chapitre 1 sur 8 · 9 min

Le tableur : pour quoi faire, et lequel choisir

Par Noah Plaut

Presque tout le monde a déjà ouvert un tableur, et presque tout le monde s'en sert comme d'une feuille quadrillée : on y aligne des chiffres, on fait une somme au bas de la colonne, on recopie à la main d'une feuille à l'autre. Pendant ce temps, à deux bureaux de là, quelqu'un obtient en trois clics le chiffre d'affaires par client et par mois, sur le même fichier. La différence ne tient pas aux mathématiques. Elle tient à une vingtaine de notions, toujours les mêmes, que cette formation aligne dans l'ordre où l'on en a besoin. Elles valent pour Excel comme pour Google Sheets, et pour n'importe quel tableur qui leur succédera.

Cette formation est rédigée à l'automne 2026, pour Excel dans Microsoft 365 et pour Google Sheets. Les noms des fonctions sont donnés en français ; les formules utilisent le point-virgule comme séparateur, réglage par défaut en France. Les raccourcis sont ceux de Windows ; sur Mac, remplacez Ctrl par Cmd dans la plupart des cas.

Ce que sait faire un tableur

Usage Exemples
Tenir une liste Clients, produits, contacts, tâches, stock
Calculer Un devis, une marge, un budget, un prix de revient
Suivre dans le temps Ventes, dépenses, heures, relances
Analyser Qui achète quoi, quand, par quel canal
Présenter Un graphique, un tableau de bord
Préparer des données Nettoyer un export avant de l'importer ailleurs

Ce qu'il fait mal : gérer plusieurs personnes écrivant en même temps dans des listes liées entre elles, sur des dizaines de milliers de lignes, avec des droits différents. C'est le travail d'une base de données, ou d'un logiciel de gestion. Un tableur devenu trop gros, trop lent, que personne n'ose toucher, a dépassé son rôle.

Excel ou Google Sheets

Excel Google Sheets
Où il fonctionne Sur l'ordinateur, sur le web, sur mobile Dans le navigateur, sur mobile
Prix Par abonnement ; une version web gratuite, limitée Gratuit avec un compte Google ; payant en offre professionnelle
Puissance La plus grande : gros volumes, outils d'analyse et de préparation de données Suffisante pour la plupart des usages ; ralentit sur les gros fichiers
Travail à plusieurs Possible, en ligne Son point fort : simple, immédiat
Fonctions Très nombreuses Presque les mêmes, plus quelques-unes propres à l'importation et aux requêtes
Automatisation Macros, scripts Scripts
Hors connexion Oui Limité
Usage en entreprise Le standard Fréquent dans les petites structures et les équipes en ligne

Lequel choisir.

  • On vous l'impose : votre employeur, votre client, votre comptable. Prenez celui-là.
  • Vous travaillez seul, sur des fichiers modestes, et partagez souvent : Google Sheets.
  • Vous manipulez de gros fichiers, des exports, des analyses : Excel.
  • Vous débutez sans rien payer : Google Sheets, ou la version web d'Excel. Il existe aussi des suites libres et gratuites, dont le tableur ouvre les fichiers d'Excel.

Les deux se ressemblent à tel point que ce que vous apprenez dans l'un sert dans l'autre. Cette formation signale les différences quand elles comptent.

Les abonnements, à l'automne 2026. Excel fait partie de Microsoft 365 : de l'ordre de 10 € par mois, ou une centaine d'euros par an, pour un particulier ; une offre familiale un peu plus chère ; une offre supérieure, autour de 22 € par mois, qui ajoute l'assistant d'IA dans les applications. Google propose Sheets gratuitement ; son assistant d'IA y est lié à un abonnement d'une vingtaine d'euros par mois. Vérifiez les tarifs en vigueur.

Le vocabulaire

Terme Sens
Classeur Le fichier
Feuille Un onglet du classeur
Cellule Une case, désignée par sa colonne et sa ligne : B3
Plage Un ensemble de cellules : B3:D10
Formule Un calcul, qui commence par le signe égal
Fonction Une opération prête à l'emploi : SOMME, MOYENNE
Argument Ce que l'on donne à une fonction, entre parenthèses
Référence L'adresse d'une cellule ou d'une plage dans une formule
Tableau structuré Une plage déclarée comme tableau, avec en-têtes, qui s'étend seule
Tableau croisé dynamique Un outil de synthèse qui regroupe et calcule

L'écran

Zone Rôle
Le ruban, ou les menus Les commandes, rangées par onglets
La zone de nom L'adresse de la cellule active ; on y tape une adresse pour s'y rendre
La barre de formule Le contenu réel de la cellule : la formule, là où la cellule montre le résultat
La grille Les cellules
Les onglets de feuilles En bas
La barre d'état En bas à droite : la somme, la moyenne et le nombre de la sélection, sans rien taper

La barre d'état est le premier outil d'analyse : sélectionnez une colonne de chiffres, et lisez.

La règle d'or : une ligne, un fait

C'est la notion qui sépare les fichiers qui servent des fichiers qui encombrent.

Un tableau de données se construit ainsi :

  • une ligne d'en-têtes, une seule, tout en haut ;
  • une colonne par information : la date, le client, le produit, la quantité, le prix ;
  • une ligne par événement : une vente, une dépense, un contact ;
  • aucune ligne vide, aucune colonne vide au milieu ;
  • aucune cellule fusionnée ;
  • aucun total glissé entre les lignes ;
  • un seul type de donnée par colonne : des dates dans la colonne des dates, rien d'autre.
À éviter À faire
Une feuille par mois, de même structure Une seule feuille, avec une colonne « Date »
Une colonne par mois : janvier, février, mars Une colonne « Mois », une colonne « Montant »
« 3 cartons » dans une cellule 3 dans la colonne « Quantité », « carton » dans la colonne « Unité »
Un titre fusionné sur dix colonnes Le titre dans le nom de la feuille
Des couleurs pour distinguer les lignes payées Une colonne « Payé », avec oui ou non
Des commentaires dans la colonne des montants Une colonne « Remarque »

Un tableau ainsi tenu se trie, se filtre, se résume et se représente en quelques clics. Tous les outils des chapitres suivants en dépendent.

Séparer les données, les calculs et la présentation. Une feuille pour la saisie, brute. Une feuille pour l'analyse. Une feuille pour ce que l'on montre. On ne décore pas la feuille de données.

Les réflexes à prendre tout de suite

Réflexe Pourquoi
Nommer le fichier et les feuilles « Ventes 2026 », pas « Classeur1 » et « Feuil3 »
Enregistrer dans un espace en ligne L'enregistrement automatique et l'historique des versions vous sauveront
Ne jamais taper un chiffre dans une formule Le taux de TVA va dans une cellule, que la formule désigne
Ne jamais calculer à la main ce qu'une formule peut calculer Une valeur tapée ne se met pas à jour
Une copie avant toute manipulation risquée Dupliquer la feuille : clic droit sur l'onglet
Annuler Ctrl + Z, autant de fois qu'il faut

Se déplacer et sélectionner

Le temps que l'on perd dans un tableur se perd à la souris.

Action Raccourci
Aller au bout d'une zone de données Ctrl + flèche
Sélectionner jusqu'au bout Ctrl + Maj + flèche
Sélectionner toute la zone de données Ctrl + A
Revenir en A1 ; aller à la dernière cellule utilisée Ctrl + Origine ; Ctrl + Fin
Sélectionner la colonne ; la ligne Ctrl + Espace ; Maj + Espace
Changer de feuille Ctrl + Page suivante, Ctrl + Page précédente
Modifier la cellule F2
Valider et rester sur place Ctrl + Entrée
Recopier vers le bas Ctrl + B dans Excel en français ; Ctrl + D dans Sheets
Rechercher ; remplacer Ctrl + F ; Ctrl + H
Enregistrer Ctrl + S

Dans Google Sheets, Ctrl + / affiche la liste complète des raccourcis.

La poignée de recopie : le petit carré au coin inférieur droit de la cellule sélectionnée. Tirez-la pour recopier ; double-cliquez-la pour recopier jusqu'en bas de la colonne voisine.

L'IA dans le tableur

Les deux logiciels intègrent un assistant qui comprend une demande en français : « ajoute une colonne qui calcule la marge », « résume les ventes par catégorie », « pourquoi cette formule renvoie-t-elle une erreur ? ».

Il est utile, et il se trompe. Pour savoir si sa formule est juste, il faut comprendre ce qu'elle fait. Cette formation vous apprend le tableur ; le chapitre 8 montre comment l'assistant vous fait ensuite gagner du temps, sans que vous dépendiez de lui.

L'exemple suivi : le fichier de ventes de Julie

Julie tient une épicerie fine en ligne. Son outil de vente lui fournit chaque mois un export : une ligne par article vendu, avec la date, le numéro de commande, le client, la ville, le produit, la catégorie, la quantité, le prix unitaire et le canal de vente. Six cents lignes par mois. Elle voudrait savoir ce qui se vend, à qui, par où, et suivre sa marge, sans y passer ses dimanches.

Nous nettoierons ce fichier, le calculerons, l'analyserons, puis en tirerons un tableau de bord.

Le parcours

Chapitre Résultat
2 Des données bien saisies, mises en forme, structurées en tableau
3 Des formules justes : références, fonctions de calcul et de condition
4 Des données croisées : recherche, fonctions dynamiques, texte, dates
5 Des données propres : nettoyage, import, listes déroulantes, contrôles
6 Une analyse : tableaux croisés dynamiques, mise en forme conditionnelle
7 Une présentation : graphiques, tableau de bord, impression, partage
8 De la vitesse : l'IA, les automatisations, cinq classeurs utiles

À faire maintenant

  1. Choisissez votre tableur, et ouvrez-y un fichier réel : un export de ventes, un relevé bancaire, une liste de clients.
  2. Passez-le au crible de la règle « une ligne, un fait » : notez chaque écart.
  3. Sélectionnez une colonne de chiffres et lisez la barre d'état.
  4. Parcourez le fichier avec Ctrl + flèche et Ctrl + Maj + flèche, sans toucher la souris.

La suite est réservée aux acheteurs

Les 7 chapitres suivants, leurs exercices et leurs modèles sont inclus dans la formation, pour 39 € en paiement unique.

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Le tableur : pour quoi faire, et lequel choisir — Excel et Google Sheets : maîtriser le tableur, des bases au tableau de bord — Lundi Libre