Aller au contenu principal
Lundi Libre

Chapitre 1 sur 8 · 10 min

Ce que fait vraiment une IA (et ce qu'elle ne fait pas)

Par Noah Plaut

Un client qui s’impatiente, un fournisseur qui relance, un collègue qui demande où en est un dossier : dans votre boîte de réception, une réponse attend depuis trop longtemps. C’est le meilleur point de départ. En cinq minutes, vous aurez un brouillon de cette réponse, et vous saurez juger s’il est bon. Ensuite seulement, nous expliquerons pourquoi cela marche, et où cela casse.

Avant de commencer (30 secondes). Sans rien ouvrir, notez en une phrase ce que vous attendez : « L’assistant va écrire un message... » comment ? Trop long ? Trop poli ? À côté de la plaque ? Gardez cette phrase, nous la reprendrons.

Votre premier essai, tout de suite

Ouvrez un assistant d’IA : pour cet essai, n’importe lequel convient (le chapitre suivant vous aide à choisir le vôtre). Si vous n’en avez pas encore, lisez la suite : l’essai vous attendra. Collez le message que vous devez écrire, puis ce modèle en remplaçant les crochets :

Je suis [votre métier ou rôle]. Voici le message que j’ai reçu : [collez-le]. Je veux répondre en [nombre] mots, en [vouvoyant ou tutoyant], sur un ton [direct, chaleureux, neutre]. Les points à dire : [deux ou trois faits]. Ce que je ne veux pas promettre : [limites]. Propose-moi un brouillon.

Lisez la réponse comme la lirait la personne qui la reçoit. Elle est probablement correcte, mais pas encore vous. C’est normal : une première réponse est souvent moyenne, et c’est là que beaucoup abandonnent. Le plus souvent, ce n’est pas l’outil qui est en cause, c’est la matière qui lui manquait.

Maintenant, questionnez-le. Dans la même conversation, posez ces trois questions, l’une après l’autre :

  1. « Qu’as-tu supposé que je ne t’ai pas dit ? »
  2. « Qu’est-ce qui manque dans ma demande pour que ce message me ressemble ? »
  3. « Y a-t-il, dans ton brouillon, un fait que je dois vérifier avant d’envoyer ? »

Ces trois questions sont le début de la méthode de toute la formation : l’assistant propose, vous contrôlez.

La même tâche, mal puis bien confiée

Karim, gérant d’une petite société de nettoyage (personnage fictif), doit répondre à un client qui se plaint d’un retard.

Premier essai, mal confié. Karim écrit : « Réponds à ce client mécontent. » et colle le mail. L’assistant produit un message très poli, très long, qui s’excuse trois fois et promet « un service irréprochable à l’avenir ». Karim ne l’enverrait jamais : il ne parle pas ainsi, et la promesse l’engagerait. Il en conclut que l’outil ne sert à rien.

Second essai, bien confié. Karim précise : « Je dirige une société de nettoyage de quatre personnes. Ce client attendait l’équipe lundi à 8 h ; elle est arrivée à 10 h à cause d’une panne de véhicule. Je veux m’excuser une seule fois, expliquer la panne en une phrase, proposer de décaler la facture du créneau perdu, et ne rien promettre d’autre. Ton direct et humain, 80 mots, vouvoiement. » Le résultat tient en huit lignes et reprend presque mot pour mot ce que Karim aurait écrit en y passant vingt minutes. Il change une formule, et l’envoie.

Rien n’a changé dans l’outil entre les deux essais. Ce qui a changé, c’est la quantité de matière fournie. L’assistant transforme ce qu’on lui donne ; il n’invente pas votre situation.

Comparez avec votre phrase du début. Qu’est-ce qui, dans votre essai, correspondait à ce que vous attendiez ? Qu’est-ce qui manquait ? Notez une chose à ajouter la prochaine fois : fournir la matière, relire, décider, c’est déjà la méthode du niveau 1.

Pourquoi cela marche ainsi : une IA écrit la suite la plus probable

Les assistants que l’on utilise aujourd’hui (ceux qui répondent dans une fenêtre de discussion) sont des modèles de langage. Ils ont été entraînés sur une très grande quantité de textes, et ils ont appris à prolonger un texte de la façon la plus plausible. Quand vous leur écrivez, ils ne « cherchent » pas la réponse dans une base : ils produisent, mot après mot, ce qui a le plus de chances de suivre votre demande.

Cette phrase explique presque tout :

  • Ils écrivent très bien, parce que prolonger un texte de façon plausible, c’est exactement ce qu’est écrire un bon mail, un résumé ou une fiche.
  • Ils peuvent se tromper avec aplomb, parce que « plausible » n’est pas « vrai ». Une date inventée a l’air d’une date.
  • Ils n’ont ni intention ni mémoire personnelle : ils ne savent pas qui vous êtes, sauf ce que vous leur dites dans la conversation.
  • Deux réponses à la même question peuvent différer, car il y a une part de hasard dans le choix des mots.

Un assistant n’est donc ni un moteur de recherche ni un expert qui connaît votre dossier. C’est un rédacteur très rapide, très cultivé, qui n’a aucune idée de votre situation tant que vous ne la lui décrivez pas.

Ce qu’il fait bien

Les tâches où l’IA fait gagner du temps ont presque toutes la même forme : il existe un texte ou une matière de départ, et il faut le transformer.

Type de tâche Exemples concrets
Rédiger un premier jet un mail, une annonce, une fiche produit, un compte rendu
Reformuler rendre un texte plus court, plus clair, plus chaleureux
Résumer un long document, une réunion, un fil d’échanges
Trier et classer des messages, des avis clients, des idées
Traduire et adapter une langue, un ton, un public
Proposer des pistes dix titres, des questions à poser, un plan
Expliquer un terme technique, une règle, une facture

Dans tous ces cas, vous êtes capable de juger le résultat en le lisant. C’est la condition d’un bon usage : vous restez celui qui relit et qui décide.

Ce qu’il fait mal, ou dangereusement

Situation Pourquoi c’est risqué
Donner un fait précis (date, chiffre, citation, référence légale) Il peut inventer, sans que ça se voie
Savoir ce qui s’est passé hier Sa connaissance a une date d’arrêt, sauf s’il consulte le web
Traiter des données personnelles ou confidentielles Ce que vous écrivez sort de votre ordinateur
Décider à votre place (santé, droit, argent) Il ne connaît pas votre cas et n’est responsable de rien
Calculer longuement de tête Les chiffres sont une faiblesse historique du texte généré

Retenez la règle du pouce : l’IA est excellente pour produire et transformer, médiocre pour affirmer des faits sans source. Les chapitres suivants vous donnent les gestes pour travailler avec cette règle.

Sentez les bords, au chapitre suivant

Lire qu’une IA se trompe ne convainc personne ; le voir, si. Une fois votre assistant choisi, le chapitre suivant propose quatre expériences de cinq minutes (le hasard dans le choix des mots, les connaissances, la mémoire de travail, la précision d’une consigne) et un petit lexique des mots que vous croiserez dans les menus et les articles.

Trois idées reçues à abandonner

  1. « Il faut des connaissances techniques. » Non. On utilise un assistant comme on écrit à un collègue. Le savoir-faire est dans la façon de demander, pas dans le code.
  2. « L’IA connaît la vérité. » Non. Elle connaît la façon dont on écrit sur la vérité.
  3. « Si la réponse est mauvaise, l’outil est mauvais. » Souvent, la demande était trop pauvre. Une même question mal posée ou bien posée donne des résultats très différents : c’est l’objet du chapitre sur les consignes.

Pourquoi cela compte pour votre budget

Une IA ne remplace pas un métier entier ; elle remplace des morceaux de tâches : le premier jet, la mise en forme, le tri. Le chapitre sur la mesure du gain vous apprendra à chiffrer cela sur votre propre cas, sans croire personne sur parole, ni cette formation ni un article.

Exercice

Durée : 25 minutes. Matériel : une feuille ou un document, un tableur ou un papier pour les notes. Résultat : une carte personnelle de vos tâches et votre point de départ du jour 0.

  1. Seul, sans assistant. Notez toutes les tâches de votre semaine qui consistent à écrire, résumer, trier ou reformuler quelque chose. Visez au moins dix tâches. Cet effort de mémoire est volontairement fait sans l’IA : il vous apprend à regarder votre travail, et c’est ce que vous retiendrez le mieux.
  2. Pour chacune, notez le temps que vous y passez par semaine (une estimation honnête suffit).
  3. Entourez les trois qui prennent le plus de temps et qui vous ennuient le plus. Vous choisissez : ce sont vos tâches, pas celles d’un exemple.
  4. Pour chacune des trois, écrivez : puis-je juger le résultat en le lisant ? Si oui, c’est une bonne candidate. Si non, laissez-la de côté pour l’instant.
  5. Remplissez l’auto-diagnostic ci-dessous, sans vous flatter.

Cet exercice demande un petit effort, et c’est normal : l’effort est le signe qu’il fonctionne.

Critère de réussite : vous avez trois tâches candidates, chacune avec son temps hebdomadaire, et un total sur 24 à votre auto-diagnostic. Vous les reprendrez dans le chapitre sur vos dix premières tâches.

Si cela ne marche pas : si vous ne trouvez pas dix tâches, regardez votre boîte d’envoi et votre agenda de la semaine dernière ; chaque message écrit ou réunion préparée en est une.

Auto-diagnostic du jour 0

Cotez chaque ligne de 0 (jamais) à 2 (presque toujours). Ce n’est pas une évaluation : c’est un point de départ que vous referez au bout de trente jours, dans le dernier chapitre.

Quand j’utilise un assistant... 0, 1 ou 2
1. Je dis qui je suis et dans quel contexte je travaille
2. J’indique le résultat attendu (format, longueur, ton)
3. Je donne un exemple de ce que j’aime
4. Je précise ce qu’il ne doit pas faire
5. Je relance au lieu d’accepter la première réponse
6. Je lui dis comment je veux qu’il procède (poser des questions d’abord, avancer étape par étape)
7. Je vérifie un fait précis (date, chiffre, citation) avant de m’en servir
8. Je lui demande ce qu’il a supposé et ce qui lui manque
9. Je relis comme le ferait le destinataire avant d’envoyer
10. Je retire les données personnelles avant de coller un texte
11. Je garde les demandes qui ont bien marché
12. Je note le temps passé pour savoir ce que je gagne vraiment
Total sur 24

Ce que vous savez maintenant

Répondez de mémoire avant de lire les réponses en dessous.

  1. Pourquoi un assistant peut-il écrire un très bon mail et inventer une date avec le même aplomb ?
  2. Pour quel type de tâche l’IA fait-elle gagner du temps, et comment le reconnaître ?
  3. Qu’est-ce qui a changé entre le premier et le second essai de Karim, alors que l’outil était le même ?
  4. Quelles sont les trois questions à poser après un brouillon pour le questionner ?

Réponses. 1. Parce qu’il produit la suite la plus plausible d’un texte, pas la plus vraie. 2. Une tâche où il existe une matière de départ à transformer et dont vous pouvez juger le résultat en le lisant. 3. Le contexte, les faits, le ton, la longueur, ce qu’il ne faut pas promettre : tout ce que Karim a décrit. 4. Ce qu’il a supposé, ce qui manque, ce qui est à vérifier.

Quand allez-vous le faire ?

Écrivez une seule phrase, avec un jour, une heure et un déclencheur : « Le [jour], à [heure], juste après [déclencheur], je reprends ma tâche n° 1 et je la confie à l’assistant avec le modèle de demande. » Une intention précise vaut mieux qu’une bonne résolution : plus la phrase est concrète, plus vous avez de chances de la tenir.

La suite

Les chapitres suivants prolongent ce que vous venez de poser. Vous y verrez comment choisir votre premier assistant en comparant sur vos propres tâches, comment lui parler pour obtenir des réponses utilisables, comment vérifier ce qu’il affirme en deux minutes, comment protéger vos données et celles de vos clients, puis comment confier à l’IA dix tâches courantes, mesurer ce qu’elle vous fait gagner et tenir un plan de trente jours. Chaque chapitre se termine par un exercice que vous pouvez faire sur votre propre activité.

Vous avez lu le chapitre 1. La suite : 7 chapitres, 1 h 16 de lecture.

Accès immédiat et à vie, mises à jour comprises : 79 € une seule fois.

Acheter la formation, 79 €

Remboursée sous 30 jours si vous avez lu moins d’un quart des chapitres.

Paiement sécurisé par Stripe · lien d’accès envoyé par e-mail · Déjà acheté ? Se connecter

Ou lisez toutes les formations avec l’abonnement, à partir de 29 € par mois.